"Cela ne pouvait plus durer. La situation était intenable", assure Henri, un habitant du quartier de Bressoux-Droixhe. Irrité par l’utilisation abusive de pétards par des jeunes, ce Liégeois de 83 ans a décidé de porter plainte il y a environ un mois. Alors qu’il était à table avec son épouse en début de soirée, le couple d’octogénaires a été effrayé par un bruit saisissant. "Des jeunes de 14-15 ans ont jeté des pétards sur notre terrasse. Nous avons eu très peur. L’odeur était terrible. Ma femme a gardé des morceaux. Et notre moustiquaire est carrément trouée", relate Henri.

Près de la moitié des victimes de brûlures ont entre 10 et 19 ans

Selon le Président du Conseil de quartier, cet octogénaire est loin d’être le seul à se plaindre de cette nuisance."Nous sommes alertés quasiment tous les jours par des riverains excédés", soutient Patrice Lempereur. Au-delà du désagrément sonore minant la tranquillité des habitants, les tirs d’artifices et de pétards peuvent provoquer des dégâts matériels par leur intensité. "Des abris de bus ont déjà explosé, des poubelles et des boîtes aux lettres ont également pris feu. Il y a pas mal de problèmes", indique le Président du Conseil de quartier Bressoux-Droixhe. Sans parler des risques encourus par les utilisateurs. D’après les statistiques du SPF Economie, un accident sur deux entraîne une brûlure. Et près de la moitié des victimes sont des jeunes âgés entre 10 et 19 ans.     

Des produits illégaux dangereux, même pour les professionnels

Selon Patrice Lempereur, le problème s’est amplifié dans le quartier car des marchands illégaux vendent des pétards et des feux d’artifices de plus en plus puissants. Une information confirmée par le SPF Economie. D’après leur enquête, de nombreux artifices proposés ne respectent pas les critères légaux permettant la vente aux particuliers. La puissance de certains produits est tellement importante qu’ils sont même considérés comme dangereux pour un usage professionnel. Afin de lutter contre cette commercialisation illégale, la police de Liège mène des contrôles dans le but de faire scrupuleusement respecter la loi en vigueur.

Comme l’explique Daniel Ranwa, directeur du plan zonal de sécurité de la police locale de Liège, la vente des artifices est réglementée par un arrêté royal stipulant que les vendeurs doivent avoir un permis d’environnement de type 2, délivré par le collège des bourgmestre et échevins. "Ils doivent aussi posséder un carnet répertoriant toutes les ventes effectuées et il leur interdit de vendre aux moins de 16 ans", indique le policier.

Pas un jouet !

Pendant la période des réveillons de Noël et de Nouvel An, qui sont justement des périodes propices à l’utilisation de pétards et de feux d’artifices, les autorités rappellent également les consignes d’utilisation et de sécurité en la matière. A Bressoux-Droixhe, une brochure a été éditée par le Conseil de quartier, en collaboration avec le service Prévention de la Police locale de Liège, afin de sensibiliser les enfants et les parents aux dangers liés aux artifices. Distribuée dans le quartier, elle est également disponible sur simple demande (au n° 0477 87 12 63). "Elle a son petit succès. De nombreux parents désirent sensibiliser leurs enfants aux dangers, en leur montrant des photos de brûlure disponibles dans la brochure", souligne Patrice Lempereur. De son côté, le SPF Economie a également réalisé un document intitulé "Pour que la fête ne tourne pas au drame", mis notamment en ligne sur le site du ministère. 

Face aux incivilités, Henri ne déménagera pas

Pour la police de Liège, il n’y a pas de recrudescence constatée sur la voie publique à Bressoux. Mais en cas d’infraction au règlement communal interdisant l’usage de pétards, les policiers punissent les auteurs en leur infligeant une amende administrative qui se double souvent à une autre pour tapage nocturne. Ces actions punitives semblent porter leurs fruits, selon Henri. "Quelques jours après ma plainte, la police est intervenue et il n’y a plus eu d’incidents." En tout cas, ce couple liégeois ne compte pas déménager en raison de ces incivilités. "Malgré tout, je ne veux pas quitter Bressoux. Je me suis marié ici et j’anticipe peut-être un peu mais je vais sûrement mourir ici", envisage l’octogénaire.